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ALTOR SAE VERTEBRIS

ALTOR SAE VERTEBRIS est une association L’Oie Dix Œufs Moins Un constituée à l’été 1989 autour d’un noyau bordelactif se démoulant périodiquement afin de prendre les circoncisions qui s’imposent sous l’intitulé « Aide aux jeunes créateurs ».

Notre devise est :

 « Croix de bois, croix de fer

 Si je meurs je me déterre.»

 

C’est le 26 janvier 1990 que nous faisons sauter le bouchon en présentant dans une salle toulousaine le diaporama de STANISLAS DE LAFON «Traditions et fêtes rituelles dans les Andes péruviennes ». Importance, magie et symbolisme de l’eau dans la cosmogonie des indiens quechuas (YACUMAMA, mère des eaux), la communication magique avec les esprits tutélaires de la nature à travers les danses des « Tijeras » ou « layqaq danzaq » et les rites chamaniques des pongos (chamans des Andes centrales du Perou), (APU, TAYTA, HUAMANI ET CHAMANISME), survivance de la mythologie et de la cosmogonie quechua dans les rituels syncrétiques du pèlerinage du Qoyllur rit’i, (APU QOYLLU RIT’I).

 

Le 25 mars 1990 sortie de la K7 de FIENDISH FIB, groupe de musique électro-pop à tendance dadaiste, LIVE at CANAL SUD, radio libre de Toulouse. Concert enregistré le 19 mars 1989.

 

21 juin 1990 parution du n°1 du MIRACLE TATOUE.

 

Pour désigner l’incestueux objet de ce chapitre, la nomenclature savante associe deux noms redoutables: celui de Miracle, du latin miraculum, effet dont la cause et la raison échappent au bon sens de l’homme. Et celui de Tatoué, de l’anglais tattow, emprunté au tahitien, couvrir certaines parties du corps de dessins obtenus à l’aide de piqûres introduisant sous la peau une matière colorante.

 

« Le Miracle Tatoué se veut une fosse commune pour morts et vifs, pour peu qu’on vacille entre folie douce et ténèbres, pour le bras d’honneur qu’on doit à soi-même. Le Miracle Tatoué est une entreprise modeste dans un monde misérable. Il n’est pas misérabiliste, c’est pourquoi il privilégie le texte à la parlotte, c’est pourquoi on ne trouvera pas dans ses pages de chroniques, d’articles, de lauriers, de conseils, de lamentations sur la part faite à la poésie dans une société quelconque. Le Miracle Tatoué a ses têtes, il aime en voir de nouvelles, rien ne peut lui faciliter plus la vie que d’y faire des découvertes. S’il ne sait pas donner le nom de ses pestiférés pour humble repère, c’est au lecteur, s’il est encore du bois dont on peut se chauffer, de chercher à en savoir plus. Le Miracle Tatoué répond de sa plus belle plume aux lettres qui valent un détour comme il explore les manuscrits qu’on lui adresse, parfois les brûle. » (Patrick Oustric, décembre 1991).

 

« Le mirage est tabou, mais le miracle est tatoué. » (Lucien Suel, octobre 1991).

 

Comment Le Miracle Tatoué obtient-il la poire maternelle malgré les bâtons de châtaigniers qui lui sont mis dans les roues par les nouveaux troubadours à la verve gasconne et râpeuse ? La colère comme le fleuve a ses crues, elle dépassa la côte d’alerte en juin 1990 laissant comme dépôt sur ses cernes en regagnant son lit de rires, l’idée d’une revue d’écritures. Nous avions en mémoire les premiers numéros de JUNGLE édités par LE CASTOR ASTRAL à Talence dans la Gironde. Nous commencions à peine à Toulouse à entendre parler de CHRISTOPHE PETCHANATZ et de ses EDITIONS DE GARENNE à Lyon, des frères POINCELET et de LUNE PRODUKT, de SEBASTIEN MORLIGHEIM et de LA CORDIALITE DE LA ROUILLE et surtout D’IVAR CH’VAVAR et de L’INVENTION DE LA PICARDIE dont un numéro spécial intitulé « CADAVRE GRAND M’A RACONTE, la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France 1970 – 1985 », nous avait rendus comestible plus d’une insomnie. Ce fut aussi la découverte des éditions DELEATUR par l’arrivée en nos contrées, je ne sais par quel miracle, de l’inénarrable « LOXERA VROOM VROOM OU LA LOGORRHEE DE L’OESTRE VITAMINEE » de F.R.I.B. Véritable légende pour les auditeurs de quelques fréquences nocturnes toulousaines où nous avons pu troubler l’onde par nos incartades pertenoiresques. Un sang véritablement neuf coulait dans nos veines lors de ces lectures placées sous le signe de LUCIFER.

Alors ce fut la montée des os. Nous apprenons à tailler des flûtes dans les tibias humains et à l’instigation du groupe autrichien de musique rituelle ZERO KAMA, nous composons quelques petites musiques de nuits à la mémoire de nos chairs disparues.

« LE CHANT DES CHAIRS » de KHU ( "L'Eclat" une aura psychique qui enveloppe le corps et l'Esprit d'une Momie. Le Khu protége également le défunt dans l'au-delà. Le Khu est représenté sous la forme d'un oiseau. )

  verra le jour avec le n°1 du Miracle Tatoué distribué par FRONT DE l’EST. Dans ce contexte de luminosité ténébreuse et d’ombres chinoises aux allures de chimères vénéneuses nous ne tardons pas à rencontrer les éditions BLOCKHAUS de JOSE GALDO et JEAN-PIERRE ESPIL, LE RESEAU 666 avec PHILIPPE PISSIER et THIERRY TILLIER, LA STATION UNDERGROUND D’EMERVEILLEMENT LITTERAIRE de LUCIEN SUEL et FRANCOISE DUVIVIER qui nous offrira la couverture du Miracle Tatoué n°2.

« Bienvenue dans le network ! » (C.P.).

 

Dans la foulée le n°2 du Miracle Tatoué voit le jour en décembre de la même année. Sur une idée tenace de Patrick Oustric plusieurs pages de la revue seront dorénavant consacrées à quelques fous littéraires dont les écrits égarés chez quelques bouquinistes nous sont revenus intègres de la nuit des temps. Ainsi l’Abbé Bordelon, Adrien Le Corbeau, Georges De Marliave ou André Paysan découvert par MICHEL CHAMPENDAL. Ce numéro sera aussi marqué par la présence de FRANCIS GIRAUDET créateur des CAHIERS DU SCHIBBOLETH et de plusieurs anglais et américains introduits dans la revue par Lucien Suel et Françoise Duvivier et dont les textes seront traduits par REMY DUSSEAUX.

 

MICHEL PASSUELLO, généticien chez ALTOR SAE VERTEBRIS :

 

« Voyage à travers la discontinue pensée, figurant le bien faire, le bon savoir, le vrai vivre fait croire que l’on sait faire vivre. La logique, comme elle est exhibée est un non sens dangereux, propre à occulter la logique du vécu-vivant parfois honorable au profit du calcul court terme au fond détourné, rarement remué pour éviter ses nauséabondes exhalaisons. Voyez l’écoeurement croître et courtiser son fondement : l’abandon du nourrisson durant sa croissance gestative aux maquignons du dressage social qui remettent leur travail de blouse blanche à la ténébreuse toute puissance plutocratique. Vendez votre enfant au plus offrant, rachetez-le avant que sa cote ne soit trop élevée pour votre honteuse pauvreté anal-phabète.

Le sens logique ne se discute pas, il est. Plus on le brouille plus il revient fort et chargé de l’esprit de revanche, de l’envie de récupérer son bien au détriment des soi-disant éternelles institutions. D’ailleurs n’avez-vous pas remarqué que la pérennité de nos œuvres sociales n’excède jamais deux ou trois décennies ? »

 

C’est donc autour de la fosse commune que représente la revue d’écritures et de graphismes Le Miracle Tatoué, dans laquelle morts et vifs se côtoient sur un fémur d’égalité, que les Saints-Membryons de l’association (Giselle Kollar, Michel Passuello, Pierre Gamba, Jean-François Blanc, Rémy Dusseaux, Brigitte et Michel Barry) trient les vers qui leur sont confiés.

 

Le premier juin 1991 co-organisation avec RADIO CANAL SUD du concert d’ELISA TROCME et ARTHUR BEATTY, musique aux frontières de l’ethnique et du contemporain, d’une modernité ancestrale. Le concert se déroule dans les locaux de la radio et est filmé par Jean-François Blanc.

 

Le groupe KHU, qui a secrètement enregistré « La messe du Phœnix » d’après Aleister Crowley dans la cuve d’une usine à eau désaffectée, se perd sur la cime des arbres torturés par le vent d’Autan, au fin fond du Lauraguais, ils n’en redescendront que quelques années plus tard.

 

« ALTOR SAE VERTEBRIS a maintenant pleinement conscience de son inexistence et est donc prêt à assumer son inutilité matérielle par le travail virtuel des cellules de plus en plus conscientes des membres qui la composent en attendant le chaos final. » (REMY DUSSEAUX le 21 novembre 1990).

 

Le 08 mars 1992 Le Miracle Tatoué n°3 est sorti. Plus épais que les précédents, prés de 180 pages, il aura bénéficié de subventions régionales. JEHAN VAN LANGENHOVEN, JEAN-PAUL GAVARD-PERRET, CATRINE MAFARAUD, et FRANK HAZAL IND ‘SABBATH pour la couverture, marquent de leurs singulières griffes leur passage dans la revue, sorte d’anthologie des proscrits de la poésie de cette fin de siècle. Ce numéro sera celui qui s’écoulera le moins et aussi celui qui sera jugé trop obscène par les institutions locales qui dorénavant lui refuseront quelque aide que ce soit.

 

« Croix de bois, croix de fer… »

La devise est plus que jamais de rigueur.

 

18 février 1993 parution du Miracle Tatoué n°4 et les apparitions magnifiques d’ANNE MARBRUN et de VICTOR NUBLA le catalan du groupe MACROMASSA dans ses pages.

En distribution et vite épuisés car tirés à très peu d’exemplaires, « L’ABOMINABLE LUSTRE DES VIES PARAVENTEUSES » de Patrick Oustric et Eric Massé ainsi que « LA VIERGE SE FAIT MAÎTRE » et « LA PASSION SELON LE VER » de Michel Barry et MEEE.

 

« Stay in the network ! greeting from an italian boy. » (Barbieri Marzio septembre 1992).

 

Un cycle s’achève. La colère toujours plus en crue. L’idée suggérée de parts et d’autres de créer une édition commence à germer dans nos cellules. Les temps retrouvent leur vieux goût amer de conservatisme si cher à nos faux chamans qui vont bientôt inscrire les dates importantes de leurs agendas de miel sur leurs bâtons de ski et faire des pirouettes en les récitant, un ours slovène aux trousses. Le monde sous la glace applaudira. L’hiver va être long. Du fin fond de notre cueva terrée entre deux cimetières, dans la ceinture périphérique qui cerne le cœur du chaos, nous continuons à battre le tambour sur les rythmes de l’apocalypse qui perce au grand jour dans un accès de fièvre, un geyser de haine, les arcanes d’un monde peuplé d’insectes libérés de l’esclavage du ventre, faisant de l’ordure une sainteté, se riant de la mort, allumant des feux follets insulaires et ouvrant grand ses papilles anales afin de se protéger de la bave d’escargot qui pourrait les transformer à leur contact en statues de sel.

 

« Notre prochain objectif est de contaminer par les canons capillaires de nos vies de pellicules séro-négatives le bien penser de l’humanité. » (Jean-François Blanc, novembre 1992).

 

Les textes reçus sont régulièrement mis en onde sur l’antenne de Radio Canal Sud 92.2 fm Toulouse lors d’émissions comme «  La nuit est au courant » ou « Interzone ».

 

« La nuit, contrairement à ce que je croyais est plus multiple que le jour et se trouve sous le signe des rivières souterraines. » (Henri Michaux).

 

« Tournent crécelles… »

 

Parution le 15 septembre 1994 du « RELIQUAIRE DE A. TRINIDAD », textes Michel Barry, illustrations de Koryn Perals et Bärn N.

 

Le 27 novembre 1995, organisation avec le soutien de Canal Sud et S.F.C.R. d’une performance de THE HATERS dans les locaux de la radio. Connu aussi sous le nom de G.X. JUPITER LARSEN, venu tout droit du Canada pour faire vibrer les murs de la radio. Maître incontesté de la Destroyed Music il est accompagné ce jour là par Stéphane Santini créateur du label bordelais SOUNDS FOR CONCIOUSNESS RAPE.

« Croire ou être cynique n’est d’aucune conséquence. Ce qui l’est réside dans la curiosité. Ce qui a un sens ici est que tout est vrai, que cela soit faux ou pas. »

Le silence est la forme la plus complexe de la Destroyed music. » (G.X.J.L.).

 

24 février 1996, organisation avec SPAM et LIFE WITHOUT SEX de la soirée « MUSIKS FOR RITUAL, from tribal to technological ». Dj’s invités : UKOBAC, AIWASS, GURU MIX MEEE. Live Act : KETALAR (from the k-hole), techno expérimentale. La soirée se déroula au « YELLOW » boîte récemment ouverte à Toulouse.

 

Premier Juin 1996, nouvelle soirée organisée au « YELLOW » avec les mêmes. intitulée « PROJECT FOR AN INDECENT EXPOSURE » Sont invités comme dj’s : POSITIVE/NEGATIVE MAN (expérimental), AIWASZ (Life Without’s experiments), DJ JOHN LOVE (hard-core from SPAM). Live acts : V-GOL (techno/Indus), DARK FACTORY (ambient/Indus) + L’EVANGILE APOCRYPHE DU NECROREALISME, extraits lus sur scène par Pierre Gamba Durant une performance érotico-sm de SABINE BEAUMONT. Dans la salle PHILIPPE PISSIER expose ses publications et ZAZ ZETOUM dispense ses bonnes vibrations. Ces deux soirées ont été filmées par Jean-François Blanc.

 

21 février 1997, contre toute attente et quatre ans après le n° 4, le n° 5 du Miracle Tatoué voit le jour avec une petite aide des institutions régionales. Quelques nouveaux noms viennent se rajouter aux anciens comme MARIE-LAURE DAGOIT, ou RAFAELLA DI AMBRA mais c’est surtout la présence de l’énigmatique ESTHER MOÏSA qui nous met le cœur en fête par la sombre beauté de ses textes.

 

18 décembre 1997, sortie du Miracle Tatoué n°6, toujours avec l’aide de la région. Une magnifique Couverture en couleur signée STANISLAS DE LAFON et un texte de MARCEL MOREAU donnent le ton. Un nouveau voyage dans les viscères de l’intimité universelle s’offre au lecteur, ESTHER MOÏSA est bien sûr de la partie et c’est BÄRN N. qui se colle au design.

 

30 juillet 1999, alors que nous avions préparé un somptueux n°7 du Miracle, plus de 120 pages, couverture couleur de Françoise Duvivier, magnifique texte de Christophe Pétchanatz et inédit de F.J. Ossang, le projet a clapoté faute de finances et malgré toutes les promesses faites par les fonctionnaires de la culture. « Croix de bois, croix de fer… »Nous n’en restons pas là et faisons paraître une plaquette d’ESTHER MOÏSA, « LES VARIATIONS SAISONNIERES » avec des illustrations de JACQUES DUVIVIER.

 

De nouveau nous nous retrouvons sans un sou, mais reprenons les émissions de radio sous l’intitulé « 23° D’INCLINAISON ». De nouvelles sessions de KHU ont  lieu dans une forêt d’eucalyptus, l’enregistrement paraît en cd avec le n°38 de la revue ODRADEK…

 

TRANS CREDO INFRASONIC

Les crapauds accoucheurs sont sur le qui-vive

Le merle blanc n’a qu’à bien se tenir

Le maquereau se fout pas mal de la sardine

La terre est fatiguée

De siffler

Et la source du vent

Pourrait bien être tarie

Le cycle est à vernir

Comme le bois mort

De l’incarnation

Et si le taxidermiste empaille

La kundalini

C’est à juste titre

Notre intime conviction

La fin d’un monde

ALTOR SAE VERTEBRIS.

 

(Impasse de la pensée, Cercle des fontaines, 24 février 1999-17 décembre 2004)

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